Dessins 3D et CAO : remplacent-ils les croquis ?
février 18, 2021 0

La CAO et les logiciels de dessin 3D sont des outils numériques, qui, lorsqu’ils sont bien maîtrisés par les professionnels, et même par certains passionnés du grand public, offrent des résultats de très grande qualité. Le dessin manuel reste cependant un soutien efficace pour la conception de modèles 3D réussis, surtout pendant les premières phases de création.

Les logiciels professionnels sont désormais capables de permettre aux designers de dessiner directement dans les trois dimensions, n’importe quel type d’objet, de la théière (ou de la carafe 🙂 )  aux engins spatiaux en passant par des univers virtuels entiers. 

Ces chefs-d’œuvre de l’ingénierie numérique, qui fonctionnent grâce aux puissances faramineuses de calculateurs surpuissants, peuvent effectuer le rendu de scènes complexes en temps réel. 

Malgré cela, la plupart des professionnels chevronnés considèrent que la création de croquis manuels est importante, voire obligatoire, pour arriver à concevoir des modèles tridimensionnels de qualité.

Pour certains pros de la 3D les croquis sont trop rigides et trop personnalisés

Il n’y a que peu d’opinions négatives en ce qui concerne l’utilisation de dessins manuels lors du processus de design 3D. Comparés aux résultats très détaillés obtenus par les logiciels de CAO ou de modélisation 3D un croquis peut paraître lacunaire. On n’y voit que ce que le dessinateur a bien voulu y faire figurer. Les informations que l’on peut extraire d’un tel document peuvent sembler ambiguës.

La forte personnalisation inhérente aux dessins manuels peut être la cause d’un ensemble de caractéristiques complexes difficiles à interpréter et de l’absence d’une structuration efficace. Bien sûr, la grande différence entre un dessin créé au moyen d’un logiciel de CAO ou de modélisation 3D et un croquis réside dans l’absence de réactivité de ce dernier. La représentation graphique est statique et figée. Le dessin à la main est aussi un processus créatif moins rapide que le design 3D direct.

Les outils de CAO autorisent une conception dynamique

Les outils de la CAO, comme ceux de la modélisation 3D, sont les meilleurs lorsqu’il s’agit de créer rapidement des prototypes ou pour effectuer des rendus complexes dans des délais courts. On peut obtenir une visualisation quasi-instantanée de plusieurs objets que les designers et leurs clients peuvent évaluer.

Un vrai avantage du dessin 3D sur le croquis manuel est la paramétrisation.

N’importe quelle coordonnée de point, n’importe quelle direction de sommet et n’importe quelle couleur d’objet est un paramètre. Il peut être peaufiné à l’infini afin d’obtenir la structure ou l’apparence souhaitée.

Les applications de CAO et de modélisation 3D sont des outils idéaux pour le prototypage rapide et les études de faisabilité. Tous les types de contraintes, physiques, celles qui dépendent de la production, et même météorologiques, peuvent être spécifiées et permettent l’optimisation de paramètres des modèles ou des structures. Quel que soit le niveau de complexité qui doit être pris en charge par l’application de CAO, le résultat sera totalement optimisé. Des simulations ultraréalistes peuvent être obtenues avec un niveau de détail qu’il est impossible d’atteindre autrement. 

Un autre avantage du design basé sur la CAO est la possibilité d’utiliser et d’échanger des données de conception. La totalité des informations qui décrivent un modèle peut être transmise sur les réseaux de communication pour une utilisation immédiate par d’autres plateformes. Ces données sont utilisées pour l’usinage numérique de pièces ou bien encore pour l’impression numérique 3D

Le dessin 3D est contraint par le paradigme digital.

Le processus d’idéation propre à la conception 3D est fortement impacté par une stratégie basée sur la profondeur. Le dessin 3D affiché et manipulé à l’écran est directement perçu de façon tridimensionnelle. Les translations, rotations et changements d’échelle sont appliqués instantanément. C’est bien la profondeur qui est perçue en premier par le dessinateur. Il n’a pas à la recréer lui-même, le logiciel s’en charge.

Le dessinateur digital envisage moins d’alternatives à sa création que le dessinateur manuel. De plus, les changements fréquents, effacement, modification ou remplacement de parties, peuvent être un obstacle à la justification de la conception. Une créativité opportuniste sera donc difficile à favoriser avec de telles méthodes purement adaptatives. Le recentrage quasi permanent et graduel du design fait perdre de la spontanéité à la démarche créative. Le créateur peut passer à côté de designs naturellement adaptés.

L’utilisation d’outils numériques pour le design est à la source de réels désavantages. Des informations techniques importantes et des données de conception d’objets et de scènes entières peuvent être perdues. Le travail du designer 3D peut avoir à être recommencé encore une fois. En cas de panne réseau ou de support défectueux, ces informations et ces données peuvent aussi être altérées et les formats de fichiers échangés entre différentes plateformes peuvent être incompatibles. Le transfert entre plateformes peut être à l’origine de pertes d’information qui vont dégrader la qualité du design.

La maîtrise des logiciels de CAO et de modélisation 3D nécessite un apprentissage assez long. Les interfaces de ces applications peuvent être sources de distractions pour les designers peu familiers du concept WIMP (windows, icons, menus, pointing device). Les fenêtres, icônes, menus et dispositifs de pointage ne sont pas naturels et peuvent devenir plus fascinants qu’efficaces.

Le croquis est d’une aide sans pareil pour un dessin 3D pertinent

La page blanche offre un espace naturel où l’on peut explorer des problèmes et leurs solutions avec un minimum de contenu. Le croquis, à cause de sa pratique familière à toutes les mains humaines, rend plus facile l’appréhension des problèmes de conception, quelles que soient leur complexité et leurs dimensions. Cette pratique est très intuitive à cause de l’interface parfaitement naturelle utilisée, la main du dessinateur. L’effacement d’un dessin manuel n’est jamais complet et l’on peut parler de mémoire de la page. Les dessins manuels favorisent une certaine mémorisation qui peut aider les designers 3D. Les croquis constituent alors une sorte de mémoire de travail externe qui ne monopolise que peu de charge mémorielle. Les coûts cognitifs lors des premières phases de conception peuvent alors être réduits de façon significative.

L’exploration des croquis est très dynamique du fait du processus « voir-transformer-voir » qui est propre aux mécanismes de la créativité humaine. Des découvertes inattendues peuvent se produire à cause de la nature très opportuniste du processus. Le dessin manuel emprunte une stratégie plutôt axée dans la largeur que dans la profondeur, à la différence notoire d’avec le design 3D. Un plus grand nombre d’alternatives sont envisageables. Différents niveaux d’abstraction peuvent même être développés et mener à des représentations incohérentes. Ceci peut donner corps à des designs novateurs voire révolutionnaires. C’est totalement impossible à atteindre avec la CAO et les logiciels de modélisation 3D. Ce qui s’en rapproche le plus est le « generative design ».

Les croquis peuvent constituer la base de systèmes de référence communs entre designers. Véritables schéma directeurs simplifiés, ils permettent d’établir des limites de conception acceptées par tous les membres d’un projet. Ils peuvent aussi représenter des supports de communication efficaces. L’esquisse est très couramment utilisée en tant que complément. Elle s’inscrit dans le flux de dessin 3D et sert de base à la modélisation CAD.

Le flux/process consiste à réaliser un croquis des vues puis de l’importer dans l’application de CAD pour servir d’image de fond sur lequel le modèle et la scène 3D est construite.

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